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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 23:05

Au delà de la fenêtre, commence une vaste étendue de bitume craquelé qui sert de terrain de jeux aux gamins, de parking et d'horizon.

C'est pourquoi je préfère fermer les volets. D'ailleurs, c'est plus prudent, en rez de chaussée, avec une baie qui joint mal. Sur le mur face à la porte s'étend une plage cocotière immuable, dont le soleil ne se couche jamais.

Lorsque je suis rentrée, les chats avaient cassé le grand vase bleu, tu sais, celui qu'on avait commandé à la potière... C'était l'objet le plus précieux de la pièce, je viens de m'en rendre compte. Il fait encore chaud et j'ai enlevé mes chaussures avec soulagement : après une journée d'allées et venues incessantes entre la réserve et les rayons, mes pieds rêvent de plage et de vagues salées.

Je secoue ma fatigue. A défaut de plage, piscine !

 

Le grand bain est colonisé par une cohorte de bonnes femmes en bonnets de schtroumpf, dotées d'étranges appendices multicolores. Tonitruante, la musique rivalise avec la vapeur d'eau chlorée pour vous faire perdre le sens des réalités.

Bienvenue à l'aquagym Dosibulles.

Le port de chaussures de piscine est fortement recommandé.

Dès l'entrée l'odeur vous assaille. Chlore, sueur, urine, fumet de grosses femmes abritant des champignons dans leurs replis.

L'eau, brassée par des dizaines de jambes et de bras prend une coloration trouble. La voix de la monitrice se perd en échos mouillés sous la voûte assombrie.

C'est la première fois que je viens à la séance du soir et je ne reconnais personne dans les participantes. Quelques corps encore bronzés de jeunes femmes minces et une majorité de dames replètes qui soufflent comme des otaries.

J'ai été retardée par les embouteillages, la séance est déjà bien entamée. Douche expédiée, je m'apprête à me glisser dans l'eau quand mon alliance glisse de mon doigt et va rouler près d'un monceau d'anneaux de plastique, qu'un instant je crois animé de mouvements reptiliens.

Décidément, j'ai maigri ! Une chance que j'aie entendu le bruit de sa chute, j'aurais pu la perdre dans l'eau et là...

Au fond, par la baie, un couchant rouge vif façon poster, entre et colore la surface de la piscine de reflets sanglants. Je repense à notre plage de Vanuatu... Comme on est loin du vent parfumé de l'île...

Une sorte de réticence me fait retarder l'entrée dans l'eau. J'observe l'assistance. Les femmes sont beaucoup plus silencieuses qu'à la séance du lundi midi et elles arborent un air crispé, que justifie sans doute les exigences de la monitrice. On n'a pas l'air de rigoler, à ce cours !

Je suis assise sur le bord et mes cuisses se hérissent au contact presque gluant du carrelage. Je préfère rejoindre l'échelle pour descendre progressivement.

C'est étrange, il me semble qu'il y avait plus de participantes que ça, tout à l'heure. Finalement le groupe n'est pas aussi important que je l'avais cru de prime abord.

La série de mouvements abdos se termine et j'attends le début de la séquence suivante pour entrer dans l'eau. La musique devient moins rythmique et la monitrice annonce une série de plongées avec battement de pieds en surface, destinée à accroitre notre capacité respiratoire.

Et merde, j'ai oublié mes lunettes ! Impossible de plonger avec mes lentilles. Décidément, je n'aurai pas fait grand chose durant ce cours, à part...

A l'autre bout du bassin, une sorte de bouillonnement, un grouillement, qu'est-ce que c'est que ça ?

La bande-son fait des bruits de bulles crevées et des glissandos désagréables, le genre de musique que je déteste... Tu disais toujours que j'étais pleine de préjugés par rapport à la musique moderne et pour te moquer, tu me jouais des valses de Vienne, les seules musiques possibles pour une béotienne comme moi ! Ce que j'aimais, moi, c'était ta voix. Elle ressemblait à ta peau : souple et chaude...

Quelque chose vient de passer dans l'eau tout près, juste en dessous de moi. C'était gros. Je remonte mes pieds.

La monitrice murmure dans le porte-voix, je ne comprends pas ce qu 'elle dit.

Les mouvements des femmes qui plongent régulièrement et les battements de pieds me paraissent fléchir. Une fatigue... On dirait que la piscine s'est aggrandie, l'espace entre les nageuses est plus important qu'au début.

J'ai le plexus noué. Pas envie d'y aller. D'ailleurs ça n'en vaut pas la peine, le cours va bientôt finir. Machinalement, je tâte l'eau du bout des doigts. Ma main sort rouge. Je ne sais pas si je vais oser goûter...

 

Qu'est-ce que je t'aimais !... Trois ans déjà et pourtant je n'ai pas encore réussi à faire mon deuil. Pourquoi es-tu allé nager au delà de la barrière de corail, mon amour ? Le lagon était si beau au couchant, et sûr comme une piscine...

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Published by Coline Dé - dans Confetti
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 10:34

Alain Petit, cela dit sûrement  quelque chose à certains d'entre vous   si vous êtes passionnés de fanzines, de cinéma bis et de fantastique. Des revues comme Horizon du Fantastique, Mad Movies ou Vampirella lui doivent  beaucoup, on ne compte plus ses contributions à des films  et séries dans les genres westerns, horreur, fantastique.

Il serait  trop long de tout énumérer ici, je vous invite à aller fouiner  sur le net si vous voulez en  savoir davantage sur le personnage.

Eh bien, le croiriez-vous   : cet être sulfureux, qui se repait  de scènes  sanglantes  et/ou torrides est un homme délicieux, plein de délicatesse et de jolis  souvenirs d'enfance  qu'il a bien voulu me confier.

Alias Monsieur Brassens

 

Je me souviens de l’école primaire où à l’âge de six ans, je me suis retrouvé, privé de la bienveillante protection de ma mère.

En ce temps là, point de crèche, point de maternelle, nous étions au tout début des années cinquante.

On se retrouvait sans préparation lâché dans la jungle, face à une vie communautaire, aux premiers conflits, aux premières amitiés, à la découverte des différences sociales car cohabitaient dans les classes les « gosses de riches » et les autres, dont j’étais.

 

Nanterre était encore un fief où il faisait bon vivre, avec son centre ville très vivant (là où j’ai grandi), entouré de zones pavillonnaires où les enfants des bourgeois habitaient toujours des maisons à étages qui n’en finissait pas de me fasciner.

 

L’école Victor Hugo n’était pas mixe. La mixité n’existait pas en ce temps là.

L’école des filles jouxtait l’école des garçons sans possible communication .

 

Il existait aussi une l’école dite « des frères », un établissement géré par le clergé où nous avions le droit, le jeudi après midi, d’aller jouer librement dans la grande cour sous la surveillance des frères-instituteurs et d’ assister très occasionnellement à des projections de films pour la jeunesse.

 

Pour ma part, je préférais les terrains vagues encore nombreux où jadis des émules de Joe Hämman avait peut être chassé les sioux et les hors la loi au temps du cinéma muet ou le cimetière abandonné, derrière la caserne des pompiers.

 

Tzim la i la, tzim la i la , les beaux militaires,

Tzim la i la, tzim la i la , que ces pompiers-là ! *

 

Ce cimetière était une splendeur.

Depuis des lustres, la végétation avait envahi les allés, les saules pleureurs pleuraient sur des tombes qui n’avaient pas été fleuries depuis des temps immémoriaux et certains caveaux béaient, alimentant nos peurs enfantines.

L’après midi nous y jouions aux cow -boys et aux indiens et la nuit le souvenir des pierres tombales éventrées nous faisait cauchemarder.

 

Je garde de l’école Victor Hugo des souvenirs tenaces, comme ce début d’après midi hivernal où, âgé de sept ans, je ne sais quel coup de folie me prit et je refusai obstinément de rentrer dans le préau.

Lassé par l’école, j’avais décidé de rester à la maison…

 

Je hurlais, pleurais, me démenais comme un pauvre diable. On dût s’y mettre à plusieurs pour me trainer jusqu’à ma classe. Mon frère qui fréquentait le même établissement vint à ma rescousse et échangea avec mes agresseurs quelques coups de pieds et de poings.

Rien n’y fit et je me retrouvai « au coin », et, humiliation suprême, le cul nu, car, dans ma rage aveugle, j’avais perdu toute dignité et pissé dans ma culotte. Cette dernière sécha sur le radiateur de la classe jusqu’à ce que je puisse la remettre.

Ce fut, je crois bien, le premier véritable « coup de folie »  de ma vie et, hélas, pas le dernier…

 

Je me souviens de mes deux premières institutrices, celles qui m’ont appris à lire et à écrire avec des pleins et des déliés.

La première, dont j’ai oublié le nom, était une demoiselle assez triste, pas laide, même dotée d’un physique plutôt avenant mais néanmoins parfaite candidate pour le statut de vieille fille, ce qu’elle devint, je crois, car des années plus tard, je la croisais encore régulièrement dans la rue, petite ombre grise, toujours seule, toujours triste.

 

La seconde s’appelait Madame Mony, c’était, autant qu’il me souvienne, une bien jolie personne, blonde aux yeux bleus, très douce avec ses élèves.

C’est elle qui eut l’ingrate tâche et me calmer.

Le soir même, elle confia à ma mère qu’étant son élève le plus docile, elle ne s’expliquait pas le pourquoi de ma soudaine révolte.

 

Les années passèrent et je dois dire que, cette funeste journée mise à part, je ne garde de cet établissement que de bons souvenirs.

 

Deux instituteurs ont particulièrement laissé leur marque dans mon esprit, l’un pour sa sévérité, l’autre pour sa gentillesse.

Le sévère s’appelait Monsieur Declerc.

Sa réputation était telle que nous envisagions avec crainte l’année scolaire où nous allions fatalement tomber sous sa tutelle.

 

L’homme était petit, sec comme un coup de trique, il arborait un visage à la Edgar Poe, une mèche rebelle qui tombait sur son front et une petite moustache qui lui avait valu

Une réputation de führer.

« Declerc = Hitler » murmurait on dans les couloirs…

Toujours étroitement sanglé dans une blouse blanche immaculée, la craie à la main, Monsieur Declerc menait sa troupe à la baguette et n’hésitait pas à bousculer s’il le fallait les cancres, distribuer des taloches ou frapper de sa règle les doigts des contrevenants.

 

Il aurait sans doute été plus à sa place dans un collège anglais où l’on pratiquait encore les châtiments corporels et ses courroux n’ont pas été sans lui valoir quelques plaintes de parents. Mais il avait bonne presse en regard des autorités supérieures et surtout, il obtenait de bons résultats.

C’était l’un des piliers de l’établissement.

Nous étions encore loin de la « blackboard jungle » américaine qui explosa sur les écrans des salles obscures en 1955 et des réformes qui changèrent à jamais le profil de la profession.

Mis à part le fait que cette attitude me révolta quand il s’attaqua à un élève qui n’avait pas mérité sa vindicte, je n’eus guère à me plaindre de la rigueur de cet enseignant que nul n’avait jamais vu sourire.

J’étais plutôt « bon élève, doué mais qui pourrait faire mieux s’il n’était pas si souvent dans la lune».

 

La chose est paradoxale, mais j’ai oublié le nom de l’instituteur qui a le plus compté dans ma vie scolaire.

Par commodité et pour des raisons que j’exposerai plus loin, je lui donnerai le nom de Monsieur Brassens.

Monsieur Brassens donc, avait la trentaine triomphante, un regard perçant qu’il voulait menaçant, le cheveu roux et dru, taillé en brosse. Il affichait une pseudo sévérité qui n’abusait personne.

Il n’exerça à l’école Victor Hugo qu’une unique année.

Il arrivait d’on ne sait quelle contrée du Sud, quoique pourtant doté d’un accent parisien et cachait sous son regard d’aigle des trésors de tendresse.

 

Ce brave homme n’avait pas sa place dans l’enseignement et cela, nous le savions tous.

Sa pratique pourtant était de qualité, il obtenait de nous obéissance et respect et ses punitions, lorsqu’elles s’imposaient, étaient toujours dérisoires.

Monsieur Brassens n’aimait pas l’autorité.

 

C’était, avant tout, un conteur né.

Il jubilait visiblement quand, disposant d’une demie heure avant que ne se fasse entendre la sonnerie marquant le moment de la sortie, il pouvait nous raconter des histoires pleine d’aventures rocambolesques, de cow- boys ou de flibustiers.

Il inventait des noms désuets de héros tels Slim Buffalo ou Red Ranger et nous étions tous captivés, suspendus à ses lèvres, car ses récits étaient pleins de suspense.

Il ne terminait jamais ses histoires et quand, avides de connaître la suite, nous lui réclamions le chapitre suivant, il préférait en entamer une autre. Il avait visiblement perdu le fil de son inspiration, victime d’une imagination bouillonnante et incontrôlable.

 

Tout était prétexte à nous entrainer dans ses délires et il était clair que Monsieur Brassens était bien plus motivé par l’enthousiasme qu’il suscitait auprès de cet auditoire en culottes courtes que par les leçons d’arithmétique ou de français.

Un jour béni, il amena sa guitare, car le diable d’homme était aussi musicien.

Il nous apprit une chanson dont le refrain résonne aujourd’hui encore dans ma tête.

 

Se canto, que canto

Canto pas per iéu,

Canto per ma moi

Qu’es aluen de iéu

 

un chant qui, je le découvris plus tard, n’est autre qu’un hymne traditionnel occitan.

 

A le regarder ainsi chanter je ne pus m’empêcher de l’imaginer entonnant dans la foulée les chansons d’un artiste encore débutant mais qui envahissait les ondes radiophoniques en ce début des années cinquante.

 

Ce jour là, pour moi tout seul, Mr ? est devenu Monsieur Brassens.

 

Evidemment, cette attitude singulière en regard des us et coutumes de la profession lui valut les foudres de l’Académie. Il y avait dans la classe des fils de bourgeois dont les parents s’indignèrent de cette attitude pédagogique révolutionnaire qui, selon eux, ne pouvait déboucher que sur l’Anarchie.

 

Non, les braves gens n’aiment pas que

l’on suive une autre route qu’eux…

 

Monsieur Brassens fut donc « déplacé » à la fin de l’année scolaire.

 

Lors de la traditionnelle remise des prix, ma mère qui n’ignorait rien de l’attachement que cet extra terrestre avait suscité en moi, me mena vers lui qui se tenait solitaire dans un coin du préau.

Je m’approchais, très ému, mon prix à la main pour lui dire merci.

 

Il se fit tout petit, me prit dans ses bras et me murmura à l’oreille un :

« toi, je t’aimais bien ! »

qui m’humidifie encore les yeux.

 

Monsieur Brassens avait bien vingt printemps de plus que moi.

Il est plus que probable qu’il a depuis longtemps rejoint le rang des ombres mais il me plait d’imaginer qu’il a suivi son autre route, qu’il est devenu écrivain populaire ou bien encore chanteur de cabaret.

 

Soixante années plus tard, coquin de sort, il me manque encore…

Il a planté dans mon cœur des graines qui n’ont, qu’il gèle, qu’il pleuve, qu’il vente, jamais cessé de germer.

 

 

Alain Petit

 

*Refrain de la chanson « Les Pompiers d’Nanterre »paroles de la chanson interprétée à la belle époque par Jules Perrin.

 

 

 

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Published by Coline Dé
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 11:16

Ce n'est plus du chagrin

C'est un monde assourdi

La vie vécue par cœur

Un battement sur deux

L'olivier maigrelet pense à l'éternité

Tu es dans le passage

Jalon silencieux

Comptable des tendresses,

Du sourire des lucioles

Je nage sur le dos

Dans ce printemps mouillé

Réflexe plus qu'envie

Mes désirs ont rouillé

Mais je voudrais comprendre :

Où donc s'en va la vie ?

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Published by Coline Dé
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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 10:25
En bonne bricoleuse, je recycle, je rajoute,... je bricole, quoi !

Faudrait apprendre à être riches... ou alors être un lapin nain.

Lui : Prénom : Pascal.

L’âge du Christ, comme il dit.

Brun, bouclé dégarni. Marié, sans enthousiasme ni enfant.

Employé à l’atelier réparation de la jardinerie Vertplant.

Une barre profonde entre les sourcils depuis qu’il a contracté cet emprunt sur trente ans.

Les dents qui avancent un peu (jeune, il trouvait que ça lui donnait l’air conquérant).

Pas de passion. Aucun vice, tout au plus quelques manies désagréables comme de faire pouêt pouêt aux très jeunes filles en s’exclamant : « mais dis donc, ça pousse ! » et d’ajouter pour mettre les parents de son côté « ça va faire une sacrée belle fille, celle-là ! »

Elle : Corinne, 28 ans ex-majorette devenue potelée.

Très soucieuse de faire ce qu’il faut quand il faut, elle attend avec impatience une première grossesse. Ces cinq années de mariage « pour rien » lui paraissent légèrement honteuses. Elle investit énormément son intérieur, qui ressemble a une maison-témoin, briquée nickel, déco « Femme Actuelle ».

Corinne se vit comme une femme épanouie, entre son mari, son boulot d’Atsem, l’aquagym et Pinpin, son lapin nain.

Une femme épanouie qui s’ennuierait un peu…

Le lieu : la périphérie d’une petite ville endormie.

Ils ont vérifié vingt fois le numéro, chiffre par chiffre, à haute voix, l’un dictant, l’autre barrant le chiffre adéquat.

C’était dur à croire. Ils riaient, comme d’une blague un peu cochonne. Avaient des éclats d’espoir vite réprimés. Commençaient des phrases par « si… », puis, vite : « non, non, attendons de voir … » A tout hasard, ils ont fait une photocopie.

Quand le buraliste a confirmé, ils se sont regardés, assommés. Sans rien dire, ils sont rentrés chez eux.

− Putain, ça gagne trois millions d’euro et c’est même pas fichu de payer un coup a grincé le patron.

C’était le mois d’avril, il n’avait pas plu depuis trois semaines et la température était anormalement élevée.

Corinne et Pascal avaient sagement opté pour la discrétion. Mais la discrétion d’une petite ville endormie est comparable à l’étanchéité d’une passoire. A l’exception du buraliste, personne n’était censé savoir. Et les rues bruissaient comme une peupleraie sous le vent.

« Qu’est-ce qu’ils vont faire de tout cet argent ? » « Ça serait moi, je saurais bien quoi en faire, tiens ! » « Combien ils ont touché, au juste ? » « A mon avis, ils vont pas rester ici »

« Tu les as vus, toi, depuis ? » « Alors ? »

Cet « Alors » était symptomatique. On avait vraiment envie de dire « alors ? », avec une certaine impatience même.

Car rien ne filtrait des intentions des heureux gagnants du pactole.

Ils avaient juste pris un congé. S’étaient bouclés chez eux.

Corinne passait le plus clair de son temps à l’étage, à trier des photos, ce qu’elle n’avait pas réussi à faire ces cinq dernières années. Il était urgent de s’en occuper.

Pascal en profitait pour avaler tous les programmes télé proscrits pas son épouse. Il n’avait pas changé de maillot de corps depuis la confirmation officielle.

Pinpin mangeait tristement ses crottes.

Plusieurs jours passèrent dans cette bulle isolante : ce n’était pas l’argent qui la générait, mais seulement l’idée de l’argent.

Comment éviter l’intrusion du monde extérieur ?

Vint le moment où la mère de Corinne, étonnée de n’avoir pas de nouvelles de fifille…

Où papa Pascal…

Où Monsieur Rentard, banquier…

Où la copine d’aquagym…

Bien entendu, ces raisons parfaitement légitimes inquiétèrent fort notre petit couple. Ils sortirent de leur stupeur et en vinrent même à se parler.

− Les rats envahissent le navire dit sombrement Pascal.

Corinne s’abstint de lui faire remarquer qu’on utilise généralement les rats dans l’autre sens : l’heure était trop grave pour perdre son temps en arguties.

Ils décidèrent d’accorder une entrevue au banquier afin de régler de menus détails, et s’y préparèrent sur Internet, s’initiant aux arcanes des placements boursiers, découvrant les joies de l’actionnariat, les subtilités du second marché.

L’adage : « acheter au son des canons, vendre au son des violons » plut beaucoup à Corinne qui avait l’oreille musicale.

Pascal, lui, se préoccupait de la pérennité de la galette : la versatilité des marchés l’inquiétait et il penchait plutôt vers l’investissement immobilier.

Son père, tentant de le conseiller, se vit rabrouer d’un « t’as jamais été fichu de mettre trois sous de côté, alors viens pas la ramener ! »

Le remords, toutefois, lui fit vite regretter cette dureté et il offrit une Rolex à son vieux papa. Pour solde de tout compte.

Corinne ne dit rien. Mais elle réprouvait cette générosité. Non par avarice : simplement elle redoutait une disproportion. Elle n’aurait pas su dire dans quel sens.

Quand on a beaucoup d’argent, il est difficile d’imaginer comment s’évalue un cadeau.

Elle résolut le problème en s’abstenant d’en faire : pour rien au monde elle n’aurait voulu humilier son entourage par ses largesses. Ou que sa mesure la fit paraître radine.

De peur de déceler l’envie dans les yeux de leurs proches − ce qui les eût beaucoup peinés − Pascal et Corinne se firent lointains. Sans rompre vraiment les ponts, ils éludèrent les invitations.

Une modeste propriété à une centaine de kilomètres, dotée de hauts murs d’enceinte les séduisit ; ils se firent mettre sur liste rouge et poussèrent un soupir de soulagement :

− Génial : ici personne ne nous connaît ; on va pouvoir commencer à vivre.

La phrase surprit Corinne un instant, mais elle approuva.

De quoi avaient-ils envie ?

Ils passèrent de nombreuses soirées à faire des listes, qu’ils se soumirent, en époux soudés devant l’adversité. Une commune volonté de ne pas étaler leur argent les ramena à l’essentiel : ils engagèrent une nurse pour Pinpin.

Laquelle, férue d’hygiène, le fit bientôt crever en balayant ses crottes avant qu’il pût les avaler.

Pinpin II succéda à Pinpin. Mais cette fois, Corinne le choisit blanc et angora, avec une fourrure qui n’aurait pas l’air de lapin, standing oblige.

La nurse congédiée, Pinpin bis mangea ses crottes comme tout lapin qui se respecte.

Corinne − qui avait maintenant du temps pour l’observer − fut d’abord horrifiée ; elle crut avoir affaire à un lapin pervers, mais internet consulté la rassura : cette bizarrerie de la nature qui oblige le lapin à déféquer en deux temps bien distincts et à déguster le produit de sa première exonération − sous peine d’y laisser sa peau − était bien partagée par toute la communauté lapinesque.

Elle en fut soulagée, car elle s’était déjà attachée à l’animal.

Pascal passait toujours ses après midi devant la télé, en se grattant sous son maillot de corps beige. Ayant suggéré une sortie, qui aurait appelé un changement de dessous, Corinne fut éberluée de s’entendre répondre

− La propreté, c’est social. Et moi, maintenant, la société, je l’emmerde. Point barre.

Elle n’osa pas lui dire qu’il commençait à sentir mauvais, mais nota qu’il ne se lavait plus que le strict minimum, et encore, pas en entier.

Elle réalisa que les nouveaux paramètres introduits dans leur vie par ce gros lot n’allaient pas dans le sens de ses rêves : désormais, le soir, elle s’attardait longuement aux cabinets, attendant que Pascal soit endormi pour se couler à ses côtés (dans la journée elle était tranquille, il n’envisageait jamais la chose hors du lit.) et pleurer ses rêves de bébés.

Tout bien réfléchi, elle acheta un deuxième lapin, pour tenir compagnie à Pinpin, une petite femelle toute mignonne, qu'un accès d'humour inattendu lui fit baptiser Pipine. Elle leur fit aménager une "nursery", où désormais, toute fondante, elle passa un temps marieantoinesque à observer les ébats de ses lapinous.

Quand Pipine s'arrondit, elle en pleura. Elle surveillait le nid et dès la naissance, elle traîna Pascal devant l'attendrissant spectacle, qu'il contempla d'un œil distrait.

Il sentait un peu la litière. Corinne en plein émoi lui sauta au cou. Il eût l'air surpris, ses dents avancèrent, il retrouva sa superbe de jadis et là, à même le sol, il aima sa femme. Ce qui n'était pas advenu depuis... quand on aime on compte pas !

Corinne, béate, sut d'instinct que cette fois-ci serait la bonne : son homme baisait vraiment comme un lapin !

Le bébé naîtrait pour Pâques, ce qui représentait évidemment un heureux présage.

Pascal attendait avec impatience la révélation échographique, répétant comme un mantra :« chez les Lejas, on fait que des mâles »

Sa femme s'en fichait : elle fabriquait ses hormones chorioniques avec un bonheur têtu qui excluait toute possibilité d'être déçue.

Afin d'éviter de la fatiguer, ils décidèrent d'engager une bonne.

Grosse affaire! Il fallait définir des critères. La base allait de soi : Propreté, Ponctualité, Honnêteté.

Les deux premiers s'évaluent facilement. Le troisième, c'est déjà plus coton !

Sans compter les bonnes manières...

Les aspirations de Corinne oscillaient entre le majordome anglais et la mama sudiste.

Ils convoquèrent plusieurs candidates ; le même jour, pour bien comparer.

La veille, Corinne nettoya à fond toute la maison.

- C'est idiot fit remarquer Pascal. Mais Corinne avait sa fierté.

La première prétendante fut éconduite illico : la ceinture de son jean bâillait sur un string vert pomme incompatible avec un ménage bien fait.

La suivante approchait de la retraite.

La troisième avait quatre enfants.

Le vocabulaire châtié et le ton aristocratique de la dernière témoignait de ses états de service dans une très bonne maison. Elle fit forte impression.

Pascal, flatté par sa façon de dire « Monsieur » ( on entendait la majuscule) pencha pour un essai.

- T'as pas l'air emballée... Elle est bien, non ?

- Oui, je ne dis pas...

- Mais enfin qu'est-ce que t'as Corinne ?

Cette assurance, cette autorité...J'veux une bonne, pas un prof !

Corinne avait qu'elle retrouvait des angoisses de veille d'examen.

Elle fut recalée.

Le printemps avançait TGV. Il fallait trouver une solution.

En faisant des courses pour la future petite Lejas (c'était finalement une fille, tant pis pour Pascal !) elle entra en collision avec sa copine Nathalie.

Et dire qu'elle avait pensé que Nathalie serait jalouse !...Elles se tombèrent mutuellement dans les bras.

- Nath !

- Eh !... T'as grossi, dis donc !

Mine de circonstance, main sur l'arrondi.

- ...Hé, mais c'est génial ! C'est trop sympa : la fortune, le bébé, t'es comblée, ma vieille ! J'suis contente pour toi, tu l'as bien mérité !

(Mérité ? Elle faisait allusion à Pascal ?)

- Et toi, qu'est-ce que tu deviens ?

- Oh moi...ça va... moyen : je vais être au chômage...

L'idée de l'embaucher traversa l'esprit de Corinne. Avec Nathalie au moins, elle serait à l'aise.

Enfin... pas tant que ça.

- Oh, ma pauvre !

- Ça doit drôlement simplifier la vie, d'être riche …

« Ça c'est sûr » eut du mal à sortir ; mais Corinne était une battante.

Elle rentra avec un malaise indéfini et une montagne de vêtements d'enfant – ceci ne compensant pas tout à fait cela.

Tout en rangeant soigneusement la petite garde-robe, elle se demandait ce qui clochait : rien n'était comme elle l'avait espéré.

L'argent ne suffisait pas : il aurait fallu le mode d'emploi.

Pascal en avait trouvé un : une splendide indifférence aux regards extérieurs qu'il compensait par d'agressives générosités. Il était entré dans sa phase digestive : il rotait sa fortune.

Corinne, elle, n'arrivait pas à l'avaler.

Un coach, un entraînement intensif...Ça devait bien exister ? Chaque matin la trouvait plus incertaine, plus inhibée.

Pascal, qui avait le réveil triomphant, en était agacé. Aussi fut-il agréablement surpris de l'entendre chantonner en beurrant ses tartines ce jeudi matin

- T'es bien guillerette ?

- J'ai rêvé que je gagnais à la loterie !

- C'était pas la peine de rêver !

Le sourire de Corinne s'effaça progressivement

- Ah, oui, c'est vrai...

Pendant ce temps, les lapins, pas si crétins, continuaient à trier entre les crottes bonnes à manger et les autres.

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Published by Coline Dé
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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 20:32

C'était vraiment une drôle d'idée, en régions Paca et Nord Pas-de-Calais, d'organiser les élections dans la cour de récré : les électeurs ont fait Pouffe Pouffe !

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Published by Coline Dé
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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 14:33

... Pour couronner le tout, le ciel, hier encore idyllique était bas de plafond !

Vraiment tu ne peux pas refuser ?

− Ma biche ! Si… bien sûr… mais tu sais bien : si je refuse, quelqu’un prend ma place et tout ce que j’ai réussi à obtenir jusque là est remis en cause ! Ecoute, c’est juste l’affaire de trois jours, et ensuite on reprend le voyage ! Je ne te laisserais pas n’importe où, mais ici, c’est civilisé, tu ne crains rien. Et puis il y aura Maman !

J’ai failli dire « justement » Mais Bruno adore sa mère. Qui est comme lui une grande voyageuse, à ce qu’il parait… Qui « profite d’une escale pour venir faire connaissance avec sa future belle-fille et lui souhaiter la bienvenue dans la famille »

Une grande famille.

Dans tous les sens du mot.

Moi, c’est plutôt, petite famille, voire pas de famille du tout, vu que je n’ai que mon père et qu’il est dans un Ehpad. Quand je vais le voir, il me dit « Bonjour docteur » et je chiale pendant trois jours, alors j’y vais pas souvent.

J’ai sorti les sacs à viande pour les aérer, qu’est-ce qu’on transpire !

Je coucherais bien à poil, mais c’est pas indiqué à cause des bêtes.

On est bien installés, le camping-car est sous de beaux arbres et la ville n’est pas loin. Je commençais à être heureuse.

Et puis, j’ai cassé la bride de ma sandalette. Ça me donne une démarche bizarre, je suis obligée de crisper le pied pour ne pas la perdre à chaque pas.

Elle s’appelle Fiordiligi. Ça ne s’invente pas. Son père était fou de Mozart. Fiordiligi. Mais on l’appelle Fiora, il parait. Encore heureux.

Fiordiligi. J’aurais l’impression de mâcher du chewing-gum

Et je vais me la fader toute seule, sans Bruno, pendant trois jours...


Elle descend d’un invraisemblable taxi, à l’heure pile et serpente dans ma direction, flottante comme une écharpe de brume. Je suis assise par terre en train d’enlever une saloperie d’épine qui s’est plantée sous mon pied, en jurant parce que ce n’est pas facile. Elle me regarde comme un entomologiste regarderait un spécimen d’insecte nouveau mais pas très beau. Elle a une tunique courte en voile de lin fendue sur un pantalon transparent et des mules à talon ornées de turquoises.

− Vous êtes Coralie ?

Il y a des inflexions tellement nombreuses dans sa voix que je me demande si elle parle vraiment français. On y trouve un poil d’Oxford, quelques cuicui genre couvent des Oiseaux, des langueurs italiennes, et même un diabolus in musica !

Je regarde derrière moi, mais non, personne. Alors je réponds.

− Oui.

Je savais, dès que Bruno a prononcé le mot Maman, je savais que ce serait dur !

« Maman, tu vois, c’est la femme de ma vie ! Tu vas l’adorer ! Elle va te couvrir de bijoux. »

Avec mes jeans commerce équitable, mes sandalettes en caoutchouc recyclé et mes tiches en bambou, quelques diamants, n’est-ce pas…

− Le coin est chârmant… mais ne me dites pas que vous couchez dans cette… dans ce…

J’ai réussi à enlever l’épine. J’époussette mon pied, me relève et m’approche. Elle est restée à une distance prophylactique. J’essuie ma main sur mon short et la lui tend. Elle n’a même pas une milliseconde de recul et me la serre, m’attire à elle, m’embrasse.

Bruno m’avait bien dit qu’elle était très courageuse.

Il l’admire beaucoup. Il trouve que nous avons plein de points communs.

Je suis la deuxième femme de sa vie. J’ai l’intention de devenir LA femme de sa vie. Alors voilà.

Même s’il faut porter des mules à talon décorées de turquoises.

La guérilla a commencé.

− Ma pauvre chère enfant… votre bride est cassée… vous devriez jeter ces … choses. Cet après midi, nous irons vous acheter des chaussures décentes !

Je lui fais un grand sourire. Je lui demande si je peux l’appeler Fiora ou si je dois mâcher du chewing−gum.

Et je me cramponne à l’idée réconfortante de mon arme secrète : Bruno lui a parlé de moi. Mais il m’a aussi parlé d’elle. Beaucoup plus, puisque c’est avec moi qu’il vit ! Et je sais donc un certain nombre de choses sur elle. Ses points faibles.

Par exemple, qu’elle a beaucoup de mal à supporter qu’on lui adresse la parole tant qu’elle n’a pas bu son café le matin. Elle parle du « supplice » » qu’elle a enduré pendant plusieurs années avec un mari qui n’en tenait aucun compte…

Je me vois déjà me précipiter sur elle, chaque matin pour lui dire bonjour et lui raconter le rêve que je viens de faire :

« où vous étiez, dans une position très dangereuse, mais avec un courage incroyable, vous… »

Je sais très bien raconter les rêves.

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Published by Coline Dé
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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 17:55

Une nana que j'avais repérée sur un site littéraire où je sévis ( Oniris, pour ne rien vous cacher !) vient de sortir chez Paul&Mike un recueil de nouvelles assez décoiffantes, que je vous recommande vivement : ça s'appelle "La fuite est un art lointain".

L'auteur, Catherine Quilliet se présente ainsi : " A jeun, elle est composée d'environ 39 kg d'eau, 9kg de carbone, 1,6kg d'azote et de quelques autres éléments indéterminés."

Ce qui vous donne le ton ! ( bon, la dame est physicienne... nobody is perfect !)

Ce qui m'a plu, c'est la très grande diversité d'inspiration : sur douze nouvelles on ne peut pas dire que deux se ressemblent ! Cela varie du policier (" Ménopause et se repose") à la tranche de vie plus vraie que nature (" Un enterrement de plus avec ma mère") en passant par une petite "bluette" écologique ( "NPK") et... c'est un régal pour qui aime la nouvelle intelligemment décalée.

J'aime.

Vous aimerez aussi, je n'en doute pas !

ISBN 978-2-36651-055-3

13 €

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Published by Coline Dé - dans Petits trucs comme ça
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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 00:24

http://www.maniastreaming.com/movie-link?ml=117225

 

Le film à  montrer   dans les écoles,  dans les églises, dans les cités, dans les bordels,  où vous voudrez, mais  A DIFFUSER

 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 14:26

Leonberg mâle

 

 

 

 

 

Finette remuait la queue. Ostensiblement.

Finette : Leonberg, presque cinquante kilos.

Lorsque Finette remue la queue, le vent se lève. Moi, j’avais trop la flemme !

Ma peau hésitait  encore entre des comparaisons éculées : soie, satin, velours… Je me disais qu’il aurait fallu trouver de nouveaux noms, plus beaux, plus… plus exotiques.

Les rayons du premier soleil matinal, doucement dentelés par un feuillage ténu, se prélassaient sur le lit et la quiétude de ce matin me rendait béat. C’était reposant comme mes premières nuits en montagne…..

Merryl venait de partir, laissant derrière elle un bruissement d’étoffes et son odeur de fille. Dans cette tiédeur parfumée, comment croire à la nécessité de se lever ?

J’ai quotidiennement un mal de chien à m’en persuader, alors, aujourd’hui !

J’étais chez elle ! Je m’étirais dans son lit ! Elle venait de me dire «  à tout à l’heure » en me gratifiant d’un baiser de soixante seize secondes ( il y a en moi un crétin qui ne cesse de compter, c’est un de mes tocs. Ça me donne une sorte de ronronnement intérieur.).

Merryl, mon fantasme, mon désespoir, mon arc-en-ciel ! Mes paumes se creusaient rien qu’en pensant à son dos, je n’avais jusqu’alors osé envisager ses seins…

Et là, j’émergeais d’une nuit entière consacrée à l’aimer, à localiser chaque infime bouton, rougeur, imperfection qui me permettrait d’espérer …

L’inhumaine n’en avait pas, et pourtant, elle avait dit « à tout à l’heure  ».

Je devais me montrer à la hauteur, accomplir un exploit, lui prouver que j’étais un héros digne de rester - au moins quelques temps - à ses côtés ; surtout la nuit.

J’avisai sur sa table de travail des piles de papier vierge, qui me parurent de bon augure, et j’entrepris le plus beau poème d’amour jamais écrit. Une recherche sur internet devrait me permettre de trouver les noms de tissus qui rendraient justice à sa peau fabuleuse…

 

C’est fou ce qu’il existe comme noms de tissus ! Jamais je n’aurais pu prévoir le temps qu’il me faudrait pour choisir entre ces brocatelles, ces lampas, ces linons ( trop petite fille, le linon ; trop vieillot, le lampas ; trop rêche, le madapolam…)

Il n’était pas loin de midi.

Déjà.

Je biffai donc les vers à peine esquissés et écrivis à la place : « Je suis sorti faire pisser Finette. Je t’aime »

 

Je comptai douze pas et pris d’une hilarité sans objet, je courus jusqu’au troquet, en me répétant : « je l’ai baisée deux fois, je la baiserai trois fois, je la baiserai quatre fois, je la… »

Finette me suivait, le regard plein d’adoration.

Mais bien sûr, elle ne savait pas compter

 

 

 

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Published by Coline Dé - dans Confetti
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 14:50

Voilà.

Encore une fois des êtres  sûrs d'eux  se sont arrogé le droit  de décider  de la mort  d'autres  qui , eux, n'avaient pas la vérité révélée et qui surtout ne pensaient pas que quiconque puisse  s'en prévaloir et le disaient.

Le disaient avec humour.

Je plains les dieux. Tous.

C'est vrai que ça  doit être dur pour eux. ( faut dire qu'ils ne font pas beaucoup d'efforts non plus !)

Mais je plains encore plus les hommes.  Les victimes, bien sûr.

Nous qui assistons,  horrifiés

Mais  aussi tous ceux qui pensent  à la place des autres.  Qui sont  sûrs de détenir la vérité. La vraie foi, la bonne façon de vivre, d'aimer, la seule...

 Attention : un terroriste sommeille en chacun de nous. 

Enfin, je crois...  je n'étais déjà pas sûre de grand chose avant cette tragédie, mais là, je  crois que je vais cultiver  mes doutes  avec encore plus d'amour....

Sauf  pour une chose : Charlie, je t'aime, ça j'en suis sûre !

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 Bricoleuse de mots, déboulonneuse de socles, dévisseuse de certitudes, j'ai envie d'un monde  où le rire libre lézarderait les murs. Juste pour la beauté des lézardes.
  • J'écris pour regagner en largeur ce que ma vie perd en longueur... Bricoleuse de mots, déboulonneuse de socles, dévisseuse de certitudes, j'ai envie d'un monde où le rire libre lézarderait les murs. Juste pour la beauté des lézardes.

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